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à César, que par leurs exploits amoureux, des gens sortis de la fange, des traitans, des usuriers, qui insultent par leur fastueux étalage d'une opulence excessive à la nation qu'ils dépouillent; des femmelettes, qui décident à leur toilette du sort de l'Europe, et des moines qui forment les maîtres du monde.

Vous verrez tous les effets du pouvoir arbitraire, de la mauvaise économie, de l'irreligion, des plaisirs. Et si vous avez vu tout-cela, avec quelle satisfaction, si vous êtes sages, retournerez-vous dans votre patrie, dans un pays libre, où les hommes égaux par la nature, le sont aussi par les loix de l'état, dans une république, dont la médiocrité exclut les grandes passions, les grandes entreprises, les grandes fortunes, et les grandes maux; où la vertu, au lieu d'être ridicule, est essentielle au bien, et même à la sûreté de l'état, où ce sont les loix, qui vous gouvernent, les loix, qui vous protègent, les loix, qui vous jugent. Malheur à tout républicain, qui après avoir vu toute la pompe, qui environne les rois, ne pense ce que Solon pensa à la vue de la cour et des richesses de Croesus!

je vous ferais l'injure la plus sensible, Messieurs, si je vous croyois capables d'augmenter le nombre de ces jeunes étourdis, sans esprit, sans éducation, sans principes, qui ayant tué quelque tems à Paris dans la société du rebut des sots, s'en retournent avec un ridicule mépris pour la constitution, pour les moeurs, et la manière de vivre de leur patrie, et regrettent précisement, ce qui fait le malheur public de l'état qu'ils ont quitté. Si ces imbéciles avoient osé se produire dans les assemblées des honnêtes gens, s'ils n'auroient pas été trop barbares et trop nigauds pour éviter le commerce des sages, ils auroient appris au milieu de Paris, que c'est aux sujets d'un monarque, à louer, à envier le pays, les gens, les citoyens d'un état libre et médiocre; que ce faste, qui éblouit les yeux, ce luxe, qui enchante les sens et enpoisonne le coeur, sont la source de mille et mille maux qui assassinent l'état, et que tous ces faquins du bel-air, que les jeunes étrangers prennent pour les modèles de l'élégance et de la belle manière de vivre, et qu'ils affectent de copier en vrais singes, sont précisément ce qu'il y a de plus méprisé pour les honnêtes gens, et ne servent à Paris qu'à exciter la bile des poètes et à faire rire le parterre.

Pour vous, Messieurs, qui avez appris à penser et apprécier les choses, vous tournerez en avantage, ce qui gâte l'esprit et les moeurs de la plupart des autres, et vous reviendrez, j'ose l'espérer, plus éclairés, plus aimables, plus accomplis d'un pays, d'où beaucoup de jeunes Allemands s'en retournent avec la santé affaiblie et l'innocence perdue pour jamais.

j'ai dit beaucoup de mal de la nation que j'aime le plus, quoique je n'en ai pas dit la centième partie de ce que leurs auteurs les mieux accrédités en disent. Je ne trouverai pas la

merce.

fin, si je me mettrois à dire tout le bien, que j'en pourrois dire. L'esprit du luxe agissant sur le fond du caractère national des François a poussé les plus beaux fruits. Ce qu'Athène étoit autrefois par rapport au génie des arts et de la philosophie, à la politesse, à l'élégance, Paris l'est aujourd'hui. Au milieu de cette ville voluptueuse et corrompue, vous trouveriez, si vous auriez le talent que l'ange Ithuriel accorde au Scythe Babouc, des sages, des patriotes, des gens aussi estimables par les qualités de l'esprit, que par celles du coeur, des hommes, qui unissent l'art de plaire aux mérites solides, des beaux-esprits géomètres et des philosophes qui sacrifient aux grâces, vous y trouveriez des femmes sensées et même vertueuses, à qui on pardonne la raison et la vertu en faveur des agrémens de leur esprit et des charmes de leur com

En un mot vous y trouveriez toute sorte de talens et de mérites, et si vous auriez envie de vous former un modèle idéal d'un homme parfait, c'est en France, c'est à Paris, que vous devriez chercher les originaux pour en prendre les différents traits dont l'assemblage formeroit votre homme accompli.

On entend toujours les gens qui ont voyagé parler de ce qu'ils ont vu. A les entendre, on ne voyage, que pour faire des grands yeux, à la vue de toutes ces étranges choses, qui ne sont pas communes chez nous. Ils ont vu des villes, des places, des temples, des palais, des jardins, ils ont vu des visages, des équipages, des cordons bleus, ils ont vu que le roi de France mange et boit comme un autre, et voilà tout. Ce sont là toutes les observations, qu'on fait ordinairement, et c'est pour apporter ces belles connoissances dans sa patrie, qu'on dépense son argent. je ne prétend pas, Messieurs, vous proposer les Platons et les Montesquieus pour modèles sur la manière de voyager, qui vous conviendra le mieux. Mais je suis persuadé que le tems et l'argent que vous employerez à séjourner dans des pays étrangers, vous pourroit procurer des avantages réels.

Les règles principales qu'il faudra suivre avec attention pour cet effet, sont d'éviter la dissipation, de bien distribuer votre tems, de chercher partout à vous instruire, et de vous ménager tous les jours quelques heures de retraite destinée à la lecture, et la réflexion sur ce que vous aurez observé ou entendu. Et puisque la mémoire la plus ténace est trop souvent la plus infidèle, je vous conseille de jeter sur le papier tout ce que vous jugerez digne d'être retenu.

je le répète faites de la lecture une des vos occupations les plus sérieuses, et laissez passer aussi peu de jours sans en employer deux ou trois heures dans votre cabinet. Les auteurs, que je vous conseille d'étudier avec le plus d'attention sont les caractères de La Bruyère, l'esprit des loix, les moeurs, l'ami des hommes du Marquis de Mirabeau, le livre de l'esprit, dont la lecture ne peut nuire, qu'aux esprits mal tournés, et l'histoire naturelle de M. Buffon. Outre les bons historiens vous y joindrez toutes sortes d'ouvrages d'esprit et les pièces du tems, qui vaudront la peine d'être lues. Si vous négligez cet exercice, vous vous trouverez insensiblement l'esprit démonté et la tête vide; le vide sera rempli par mille et mille bagatelles, la raison s'éclipsera, le coeur sera ouvert à toutes sortes d'impressions, et il se pourroit très-bien, qu'en peu de mois vous seriez étonnés de ressembler à des originaux que vous méprisez à présent. Il faut du contrepoison pour prévenir les effets d'un air infecté. Rien de plus corruptible, que le commerce des gens du monde, de ces hommes légers, occupés uniquement à se divertir et à faire valoir les avantages les plus frivoles, de ces hommes qui pour être charmans n'en ont pas souvent l'esprit moins gâté ou le coeur moins vicieux, enfin de ces gens sans religion, sans principes, sans moeurs, dont le monde fourmille, et dont on ne sauroit éviter la rencontre qu'en évitant la société. Le moyen de vous garder des effets dangereux de l'exemple général, de la corruption qui a infecté toute la masse du monde, si ce n'est en fortifiant en vous par des lectures convenables les principes de la sagesse et de la piété, les goûts de l'ordre et les sentiments beaux et vertueux, en nourissant l'âme d'alimens sains et solides, et en élevant le coeur par les méditations les plus dignes d'une créature raisonnable, qui va répondre à Dieu de tout ce qu'elle a fait, et qu'elle n'a pas fait dans le peu d'années qui lui sont accordées pour bien vivre, et pour se préparer à mourir. — C'est pour cet effet, Messieurs que je vous prie de conserver de tems en tems quelques heures à méditer les vérités de notre religion et les livres divins qui les contiennent. La philosophie éclaire la raison, mais la religion seule nous inspire la force de résister aux tentations du monde, de vaincre nos passions et d'agir en immortels. Sans elle la sagesse n'est qu'un feu follet, sans elle la vertu languit et cède toujours en combattant. Ah! mes chers amis, que l'homme sage, que l'homme qui préfère la vertu à tout, seroit à plaindre, s'il n'auroit pas cette douce et consolante conviction que tout est bien dans le plan de l'intelligence infinie, et que tout sera enfin au mieux par ce que c'est elle, elle qui soutient, qui anime, qui gouverne l'univers. Qu'il seroit à plaindre si ses vues, ses efforts, ses espérances se bornoient dans le court espace de cette vie de théâtre, qui si elle n'étoit que ce que les Epicures modernes en font, ne vaudroit pas la peine d'être supportée! O religion, Ô oracles sacrés de la sagesse céleste, ô espérances du chrétien, que serions-nous sans vous; exposés à tous les orages de la vie, en proie à nos erreurs, à nos doutes, à nos passions, opprimés par nos semblables, désolés par le spectacle affreux de tous les maux qui accablent l'humanité, nous trainerions une vie malheureuse pour nous précipiter dans l'abîme obscure de l'éternité ou du néant.

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Vous connoissez le christianisme dans sa pureté, dans sa simplicité sublime, et vous seriez indigne de le connoître, si vous étiez capables de rougir de vous déclarer chrétiens au milieu d'un monde d'athées et d'Epicuréens. Ne parlez jamais de la religion, si ce n'est que l'occasion l'exige absolument, et alors parlez-en avec respect; mais faites voir par une conduite conforme à vue chrétien et digne des espérances du chrétien, que vous l'êtes.

La religion, vous le savez, n'est pas ennemie de la joie et des plaisirs qui conviennent à la nature, respirent la décence, et s'accordent avec la vertu. La nature, la société, les sciences, les beaux-arts vous présentent une infinité de plaisirs, qui pour être innocens et raisonnables n'en sont pas moins délicieux. Vous savez Messieurs combien les hommes se trompent sur cet article. La manie des plaisirs, ou fades et frivoles, ou criminels et pernicieux dans leur suite, cette fureur que vous verrez regner dans la capitale de la France, est la plus forte épreuve que ceux qui en sont possédés, ne connoissent pas les plaisirs réels. Ils épuisent leur imagination, ils émoussent leurs sens, pour chercher hors de la nature les plaisirs, qu'ils trouveraient dans eux-mêmes, dans leur coeur, dans celui de chaque homme, dans tout ce qui l'environne, s'ils étoient disposés à être heureux. Je vous l'ai dit inille fois, mes amis, les sages vous l'ont démontré, votre expérience leur rendra témoignage, ce n'est que le vrai, le bon et le beau qui sont les sources des plaisirs réels, et ce ne sont que les âines belles éclairées et vertueuses qui sont en état d'y puiser. La vertu épure les plaisirs des sens, réalise ceux de l'esprit et enivre le coeur de délices, de transports, qui dans les moments où nous les éprouvons, nous semblent dignes d'être achetés par des siècles de peines et de travaux.

C'est dans ce qui mérite véritablement le nom de bonne compagnie, que vous jouirez des plaisirs les plus doux que la vie sociale vous peut offrir. Les savans, qui savent oublier qu'ils le sont, les beaux - esprits, qui savent se taire, les poètes, qui ne vous lisent pas leurs ouvrages, les guerriers qui ont de la douceur et de la compassion, les avocats, qui ne prouvent pas juridiquement tout ce qu'ils disent, les femmes, qui savent unir la vertu à la bonne humeur et la gayeté à la décence

toutes les personnes de cette trempe forment ce qu'on appelle la bonne compagnie.

Cherchez partout les hommes illustres, les vrais savans, les grands artistes; abordez-les avec le respect, qu'on doit aux talens rares et éminens sans leur parler de leurs ouvrages, ne vous piquez pas d'être connoisseurs avec eux, écoutez-les en homme intelligent, parlez peu et cherchez à profiter de leurs lumières.

Si vous répondez à mes voeux et à mes espérances, vous retournerez dans votre patrie plus éclairés, plus polis, plus aimables, vous laisserez aux François leurs folies, leurs préjugés et

Vierteljahrschrift für Litteraturgeschichte II

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leurs vices et apprendrez d'eux l'art de charmer l'esprit et de gagner le coeur, vous trouverez le secret d'allier le bon sens à l'esprit, la modestie au savoir, la vertu aux qualités agréables, la noble simplicité aux belles manières, la façon de parler d'un républicain austère aux moeurs douces et faciles d'un François. Vous continuerez pendant toute votre vie de cultiver votre esprit par anoblir vos sentiments, et d'apprendre à bien penser, surtout pour agir bien tout.

Le ciel qui a réglé votre destinée, vous donnera les occasions de vous rendre utiles à la société et de vous acquiter de vos devoirs envers votre patrie. Vous connoissez ces devoirs. Soyez bons citoyens, et si la patrie vous appelle, vous serez bon magistrats.

Apprenez l'art d'obéir, et vous saurez celui de gouverner. À quel état, à quels devoirs particuliers vous puissiez être appellés un jour, soyez vertueux, et vous honorerez la place, que vous occuperez.

Vivez heureux, mes chers amis! Que le ciel répande toutes ses grâces, toutes ses bénédictions sur vous. Que son esprit vous anirne, que ses anges vous conduisent.

Puissiez-vous trouver partout des amis, qui vous aiment autant que je vous aime! Puissiez-vous remplir toutes mes espérances! Puissiez - vous faire le bonheur de vos parens et de vos amis! Puissiez-vous enfin devenir les ornements de votre patrie, et les modèles de ceux qui viendront après vous

Ici les expressions me manquent mon coeur se fond; il s'exhale en voeux, et en bénédictions pour vous. Que le ciel daigne les exaucer, et je serai le plus heureux des hommes.

Zuric, ce 16. May 1759. Bernhard Seuffert.

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Graz.

Goethe und Hygin.

Prometheum autem in monte Scythiae nomine Caucaso ferrea catena vinxit. — Sed de eius solutione haec memoriae prodita est causa: Cum Iupiter Thetidis conubium pulchritudine corporis inductus peteret, neque a timida virgine impetraret, neque ea re minus efficere cogitaret, illo tempore Parcae feruntur cecinisse fata, quae perfici natura voluit rerum. dixerunt enim, quicunque Thetidis fuisset maritus, eius filium patre fore laude clariorem: quod Prometheus non voluntate, sed necessitudine vigilans auditum lovi nunciavit: qui veritus id, quod ipse Saturno patri fecisset in simili causa, ne patris regno privaretur, coactus destitit Thetim velle

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