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Vignaud Library

31-19210

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Passage par Jéricho. — Aveugle guéri. Zachée. Parabole des dix mares

d'argent. Guérison de deux aveugles,

Ephrem, où le Sauveur s'était retiré après la résurrection de Lazare, est placé par les géographes au nord-est de Jérusalem, sur la frontière de la Judée et de la Samarie, ou, comme on parlait plus anciennement, sur les confins des tribus d'Ephraïm et de Benjamin. De là, pour aller à la capitale, on ne peut point passer par Jéricho sans faire un détour vers l'Orient. La qualité des chemins ou la nécessité de trouver des logements pouvait bien y obliger; mais, supposé qu'il n'y eût aucune de ces raisons, les grandes choses que Jésus avait à faire et à dire dans Jéricho étaient pour lui une raison suffisante de prolonger sa route pour y aller. Il prit donc son chemin par cette ville, et, dès les premiers pas qu'il fit sur son territoire, il y donna des témoignages de sa toute-puissante bonté. « Il approchait de Jéricho, lors- Luc. 18, + 35. Fac

tum est autem , cum » qu’un aveugle qui était assis près du appropinquaret Jeri

chemin, et qui demandait l'aumône, sedebat secus viam entendant passer une foule de monde,

audiret turbam præs'enquit de ce que c'était. On lui dit que tereuntem, interroga

bat quid hoc esset, » c'était Jésus de Nazareth qui passait; et . 37. Dixerunt autem

mendicans. 36. Et cum

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ei, quod Jesus Nazare- » aussitôt il s'écria : Jésus, fils de David ,
nus transiret. 38. Et
clainavit dicens: Jesu , » ayez pitié de moi. Ceux qui allaient de-
Fili David, miserere
mei. 39. Et qui præi. » vant le reprenaient', en lui disant de se
bant, increpabant eum
ut taceret. Ipse vero

» taire; mais il en criait bien plus fort : multo magis clama

» Fils de David, ayez pitié de moi. Jesus bat : Fili David , miserere mei.

» s'arrêtant, il le fit amener; et quand 40. Stans autem Je. sus jussit illum addu- l'aveugle se fut approché, il lui demanci ad se. Et cum ap- » da : Que souhaitez-vous que je vous propinquasset, interFogavit illum, 41. Di- » fasse 3 ? Seigneur, répondit l'aveugle, cens : Quid tibi vis faciam? At ille dixit: Do- que je voie. Voyez, lui dit Jésus, votre mine, ut videam. 42. Et Jesus dixit illi : Respi- • foi vous a sauvé. Il vit aussitôt, et il sui(e, fides tua te salvum

» vit Jésus, publiant les grandeurs de fecit., 43. Et confestim vidit, et sequebatur il- „ Dieu : tout le peuple aussi, qui en lum magnificans Deum; ut om nis plebs ut vidit, témoin, rendait gloire à Dieu. dedit laudem Deo. Lu c. 19, 1 1. Et in

» Jésus étant entré dans Jéricho, traver: gressus perambulabat sait la ville » avec le surcroît de monde Jericho.

que la guérison de l'aveugle avait amassé 2. Et ecce vir nomi, ne Zachæus : et hic autour de lui. « Il y avait un homme nomprinceps erat publica

mé Zachée, chef des publicains et fort norum, et ipse dives; 3. Et quærebat videre riche, qui cherchait à voir Jésus pour Jesum quis esset ; et non poterat præ tur. » le connaître; mais, à cause de la foule,

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»

»

1 Plus bas on les entendra murmurer, quoique avec aussi peu de succès, de ce que le Sauveur va loger chez un publicain. Deux sortes de gens de l'avis desquels on ne trouvera pas que Jésus-Christ ait été une seule fois, ceux qui critiquent et ceux qui rebutent : c'est que rien ne sympathise moins avec sa bénignité que la malignité des premiers, et avec sa douceur que la dureté des seconds.

2 Si, comme on le lui disait, il avait cessé de crier, peut-être le Sauveur ne l'eût-il pas fait approcher, et il serait demeuré aveugle. Ceux qui veulent aller à Dieu n'y arriveront jamais, s'ils ne commencent par mépriser les remontrances des gens du monde.

3. Une mère connait parfaitement les besoins de son fils : elle veut néanmoins qu'il les lui déclare. Ce n'est pas seulement afin qu'il reconnaisse son autorité, c'est encore plus pour avoir le plaisir de l'entendre bégayer ses désir:, de le voir témoigner sa confiance; c'est pour exciter et pour nourrir sa reconna íi. sance par la facilité qu'elle montre à condescendre à ses volontés. Elle l'aime, et elle veut en éire aimée : voilà ses motifs, qui sont aussi ceux de Dieu lors. qu'il exige que nous lui exposions nos besoins qu'il connait mieux que nous mêmes,

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»

» il ne le pouvait, étant fort petit. Si bien ba: quia statura pusilque, courant devant, il monta sur un 4. Et præcurrens as

cendit in arborem sy. sycomore pour le voir ; car Jésus de

comorum, ut videret » vait passer par cet endroit-là. Quand cum: quia inde erat

. » Jésus y fut, regardant en haut, il le vit, 5. Et cum venisset

ad locum, suspiciens » et lui dit : Zachée, descendez vite, par- Jesus vidit illum, et • ce qu'il faut que je loge aujourd'hui dixit ad eum: Zachæe,

descende, » chez vous. Zachée descendit prompte- quia hodie in domo tua v ment et le reçut avec joie. Tout le Et festinans descendit

et excepit illum gau. » monde voyant cela en murmurait, di- dens.

7. Et cum vidcrent sant que Jésus était allé loger chez un

omnes, murmurabant, pécheur. » Ils ne savaient pas que, minem peccatorem di

dicentes quod ad hopar l'opération invisible de la grâce , -ce- vertisset. lui qu'ils appelaient un pécheur était déjà un saint. a Zachée • se présentant devant le Seigneur, lui

8. Stans autem Za.

chæus, dixit ad Domidit :Voilà, Seigneur, que je donne aux num : Ecce dimidium

bonorum meorum, Do» pauvres la moitié de mes biens •; et si mine, do pauperibus ;

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* Jl en est de Zachée à peu près comme de l'aveugle. Lorsque la foule empêchait le premier de voir le Sauveur, il ne cessa point de le désirer, comme l'aveugle ne cessa point de crier, quoiqu'il parût n’être pas entendu d'abord. Celui-ci ne fit point de cas de ce que lui disaient ceux qui voulaient le faire taire, et Zachée ne balança pas à monter sur le sycomore, démarche qui devait paraitre bien étrange dans un homme de sa sorte, et qui pouvait aisément lui attirer les huées de la populace. La persévérance dans le désir, malgré les obstacles, et le peu de souci du qu'en dira-t-on, firent le salut de l'un et de l'autre.

6 C'est-à-dire je donnerai, selon l'interprétation commune, qui est celle que nous suivons. Plusieurs l'entendent du présent. Selon eux, Zachée, pour répondre au murmure des Juifs, fait voir, en déclarant ce qu'il est accoutumé de faire, qu'il n'est pas si grand pécheur qu'ils le disent. En effet, un homme qui est dans l'habitude de donner aux pauvres la moitié de sop bien, et de réparer au quadruple les torts qu'il lui arrive de faire par mégarde, car un homme si juste et si charitable ne peut pas en faire autrement; cet homme, dis-je, a le droit assurément d'être regardé comme un homme de bien. Donc Jésus-Christ ne pouvait plus ajouter que ce jour était pour cette maison un jour de salut., C'est cette réflexion qui a porté le gros des interprètes à regarder son discours comme la déclaration de ce qu'il voulait faire à l'avenir, et non de ce qu'il avait fait jusqu'alors. Cependant il n'était pas absolument impossible qu'avec tant de probité et de charité, Zachée ne fût pas en état de grace. D'abord il est évident qu'il n'y aurait pas été s'il eût été gentil, comme quelques-uns le disent,

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et si quid aliquem de » j'ai fait tort à quelqu'un en quelque fraudavi ,

reddo quadruplum.

chose, j'en rends' quatre fois autant”. 9. Ait:Jesus ad eum: Quia hodie salus domui » Jésus lui dit : C'est aujourd'hui un jour huic facta est , » de salut pour cette maison", parce que quod et ipse filius sit Abrahæ. 10. Venit enim » Zachée est aussi un enfant d'Abraham; Filius hominis quærere et salvum facere » car le fils de l'homme est venu chercher quod perierat.

» et sauver ce qui était perdu. Une marche si éclatante paraissait présager de grandes choses, et les esprits, surtout ceux des disciples, étaient dans une merveilleuse attente de ce qui allait arriver. Jésus travailla encore à les désabuser des idées fausses et flatteuses dont ils avaient tant de peine à revenir. Rien n'est plus clair, après l'événement, que la prophétie mystérieuse qu'il va leur faire;

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quoiqu'il soit plus vraisemblable qu'il était juif; mais de plus, ne pouvait-il pas, lui qui était riche et publicain, se permettre quelque plaisir défendu ? Il y a plus encore. La foi en Jésus-Christ était dès lors nécessaire au moins à ceux qui avaient en l'avantage d'entendre ses discours et de voir ses miracles. En la donnant à Zachée, Jésus-Christ lui donnait donc ce qui était devenu pour lui de nécessité de salut, et, dans ce sens, il a pu dire encore que ce jour élait pour celte maison un jour de salut. Ainsi, S. Pierre aurait pu le dire au cenlenier Corneille, quoique celui-ci fût adonné à loutes sortes de bonnes auvres avant que le saint apôtre fût venu loger chez lui. Voilà les raisons principales sur lesquelles sont appuyées ces deux explications. Ceux qui voudraient voir ces raisons plus étendues, avec d'autres encore que nous nei apportons pas, les Trouveront dans l'Eclaircissement sur le discours de Zachée à Jésus-Christ, par M. l'abbé de Saint-Réal.

1. Restitution, de toutes les preuves de conversion la plus nécessaire, la moins équivoque, et plât à Dieu qu'on ne pat pas ajouter, la plus rare.

• Si Zachée compte bien, comme on doit le présumer d'un homme de sa profession, il suit de son discours qu'au moins les trois quarts et demi de son bien lui appartenaient légitimement. On voit par là que ce publicain ne pouvait pas encore être appelé une sangsue publique,

3 Tel maitre, telle maison, pour l'ordinaire. On ne peut donter que Zachée, qui apparemment avait scandalisé la sienne, n'ait servi depuis à la sanctifier. L'obligation d'y travailler n'était pas moins étroile pour lui que celle de restituer le bien acquis.

4 Enfant d'Abrabam, quoique publicain, supposé qu'il fol juif. Ceci répond au préjugé contre les publicains, que les Juifs semblaient ne plus reconnaitre pour leurs frères. Enfant d'Abrabam selon l'esprit, supposé qu'il faut gentil; ce qui leur aurait appris qu'on est bien plus enfant d'Abraham par la foi que par le sang.

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